5 mai 2015

10h, à l’université Lyon III : conférence d’Isabelle Garnier

Après nous être levés et préparés, nous nous sommes dirigés vers l’université Lyon III pour assister à la conférence de madame Isabelle Garnier sur la concurrence entre les femmes de Lyon et celles de Paris au XVIe siècle. Arrivés là-bas, la conférencière nous a accueillis puis guidés à travers le vaste et moderne édifice jusqu’à la salle où devait se tenir la séance.


Mme Garnier a introduit sa conférence en contextualisant le sujet : au XVIe siècle, Lyon était la capitale culturelle du royaume et Paris n’avait pas l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui. La position de carrefour de Lyon entre l’Italie et Paris y était pour beaucoup, mais l’absence de censure à Lyon a également compté. On dénombrait alors plus de 400 imprimeurs dans la ville, qui publiaient par exemple des textes grecs et des commentaires d’œuvres.

C’est dans ce climat propice à l’humanisme que beaucoup d’écrivains venaient à Lyon, comme par exemple Jacques Peletier, arrivé du Mans en 1553. Cet auteur était à la fois un poète, un traducteur, un mathématicien et s’intéressait beaucoup aux questions d’orthographe (il a même inventé une sorte d’alphabet accentué qui ne s’est pas imposé mais visait à noter au plus près les sons prononcés). Il a notamment écrit une ode dans laquelle il célèbre Lyon, mais surtout Louise Labé. Mme Garnier nous l’a interprétée, en respectant la prononciation du XVIe siècle, assez différente de la nôtre.

Louise Labé, Lyonnaise. Gravure de Pierre Woeiriot (source : Wikipédia).

Louise Labé, Lyonnaise. Gravure de Pierre Woeiriot (source : Wikipédia).

En voici un extrait :

Sus donc mes Vers loüez cette Loüise;
Soyés ma plume à loüer soûmise,
Puisqu’elle a mérité
Maugré le tems fuitif d’être ménée
Dessus le vol de la fame ampennée
A l’immortalité.

Le poète fait l’éloge de cette dame en célébrant sa beauté, mais pas seulement, comme le montre ce passage : Jacques Peletier insiste en effet sur sa qualité de femme de Lettres qui lui donne droit à l’immortalité. De fait, Louise Labé est une Lyonnaise du XVIe siècle, connue pour les Euvres parues sous son nom et composées de 24 sonnets, trois élégies ainsi que d’un Débat de Folie et d’Amour en prose. Cet ouvrage est imprimé à Lyon en 1555, dans l’atelier de Jean de Tournes. Les textes signés par Louise Labé sont accompagnés de nombreux poèmes écrits par d’autres auteurs qui célèbrent eux aussi cette illustre lyonnaise.

Pourtant, depuis quelques années, on remet en question le fait que Louise Labé soit bien l’auteur de ce livre : selon Mireille Huchon, il pourrait avoir été plutôt écrit par un groupe d’hommes, lyonnais eux aussi, qui auraient emprunté le nom de cette dame (qui a bel et bien vécu à Lyon à cette époque) pour le publier. Cette hypothèse a fait polémique (pour plus d’informations à ce sujet, voir ici).

Parmi les autres femmes de Lettres de Lyon au XVIe siècle, on peut citer Pernette du Guillet dont le recueil pétrarquiste (les Rymes) fut publié par Antoine du Moulin en 1545, à titre posthume. On a dit de cette dame qu’elle était la maîtresse de Maurice Scève, grand poète lyonnais de la Renaissance qui remporta notamment un concours lancé par Clément Marot en 1536 grâce à un blason (sorte d’éloge de la beauté corporelle) du sourcil. Il était célèbre, comme l’indique par exemple le fait que Joachim du Bellay, passant à Lyon à son retour d’Italie, lui adresse un sonnet qu’il publie dans le recueil Les Regrets en 1558 (pour lire ce texte, récité par Arno et Camille à la fin de la conférence de Michèle Clément, voir ici). Marguerite de Bourg, quant à elle, était liée aux hommes de Lettres de son temps – par exemple le poète Pontus de Thiard – et était également réputée pour son savoir. Elle les recevait dans son hôtel particulier de la rue Juiverie (sur ce lieu, voir ici).

Comme on le voit, il y avait des lettrées parmi les femmes de Lyon. Pourtant, dans les années 1540 surtout, c’est aussi à Lyon que la querelle des femmes et celle des amyes ont pris de l’importance. C’est ainsi qu’Antoine Héroët publie La parfaicte amye, en faveur des femmes, tandis que Bertrand de La Borderie fait par exemple paraître L’amye de court, plus misogyne.

Jusque tard dans le siècle, des médecins participent aussi au débat sur la valeur des femmes en écrivant des ouvrages dans lesquels ils étudient la physiologie des femmes. C’est par exemple le cas de Laurent Joubert, de la faculté de médecine de Montpellier, dans son livre Les erreurs populaires et propos vulgaires touchant la médecine et le régime de santé, 1578. La description qu’il fait du corps des femmes est assez effrayante…

C’est dans ce contexte que le cas des femmes lyonnaises, lettrées assumées, rend les femmes de Paris jalouses. Ce ne fut bien sûr pas le seul facteur déclencheur du conflit. En effet, les voyageurs de passage à Lyon trouvaient les Lyonnaises beaucoup plus douces et jolies que les femmes de Paris. Cela va déclencher une sorte de « guerre de poèmes » de grande ampleur entre les femmes de Paris et celles de Lyon. Le sujet va intéresser les poètes du XVIe siècle. Nombreux sont ceux qui écrivent des poèmes louant les qualités de ces femmes, puis les avis vont diverger : certains poètes seront plus séduits par les Parisiennes et d’autres par les Lyonnaises.

Lucas CRANACH le Jeune,

Lucas CRANACH le Jeune, « Couple mal assorti : jeune homme et vieille femme avec une servante », c. 1540, Kunstsammlungen der Veste Coburg, Coburg (source : WGA).

Plus le temps passe et plus on constate que les poèmes deviennent violents et misogynes. Pourtant, dès le début du siècle, certaines attaques étaient déjà dures, comme le montrent ces extraits d’un poème de Guillaume Crétin intitulé « La rescription des femmes de Paris aux femmes de Lyon » :
Salut à vous, femmes du Lyonnois,
Plaisants minois, visages anghéliques.
On a pour vous fait joutes et tournois ;
Chevaux, harnois ont coûté maints tournois,
Dont les galants sont fort mélancoliques
Par vos reliques, gorres diaboliques,
par voies obliques, se dressent jour et nuit,
mais ce n’est pas tout or ce qui reluit.

Par vos regards que jetez de travers
A grands revers, gagnez la seigneurie ;
Notez que c’est de vos corps par mes vers
Ce sont gros vers puants, rouges et verts

un peu plus loin…

Riez, chantez, caquetez, brocardez
Et regardez les gorriers perroquets,
Allez montrer vos musequins fardés,
Contregardez vos corps et culs bardés.
Plus ne tardez, trouvez-vous vous aux banquets,
Dressez caquets , présentez les bouquets.
Pour tous acqêts le bond sur vous redonde
Mieux vaut bon los que richesse en ce monde

ou encore…

Femme de bien doit être en Dieu fervente,
Pour vent qui vente, ferme sans varier.
Mais à Lyon ce bon renom s’évente :
Elle se présente, elle se met en vente,
Et peu se vante en rien contrarier.


Enfin, Alice et Léa ont clôturé la conférence en récitant un poème de Clément Marot, élogieux cette fois, qui est intitulé « De Dame Jane Gaillarde Lyonnoise » :

C’est ung grand cas veoir le Mont Pelyon,
Ou d’avoir veu les ruines de Troye :
Mais qui ne voyt la Ville de Lyon,
Aulcun plaisir à ses yeulx il n’octroye :
Non qu’en Lyon si grand plaisir je croye,
Mais bien en une estant dedans sa garde :
Car de la veoir d’Esprit ainsi gaillarde,
C’est bien plus veu, que de veoir Ilyon :
Et de ce Siecle ung miracle, regarde,
Pource qu’elle est seulle entre ung million.

Antoine R., Hugo, Armand B., Pauline et Marie

Catégories : 5 mai 2015

12h30. Premier déjeuner au restaurant universitaire de la Madeleine

Après la conférence d’Isabelle Garnier, nous nous sommes dirigés vers le R.U. de la Madeleine où nous allions prendre tous nos déjeuners durant le séjour. Nous avons été très touchés de voir que le personnel du restaurant avait eu la délicate attention d’inscrire pour nous, sur le tableau de l’entrée, un mot de bienvenue.

2015-05-06 23.39.58Et c’est Timothé, sous la surveillance attentive de Naomi, qui a été chargé d’inscrire sur le même tableau nos remerciements.

2015-05-06 23.39.35

Catégories : 5 mai 2015

14h : à l’assaut de la Croix-Rousse !

L’après-midi nous avons visité le quartier de la Croix-Rousse : c’est une colline qui autrefois était une commune indépendante mais est à présent un quartier de Lyon. Force est de constater que ça grimpe !  Lors de notre visite, nous avons gravi cette colline en marchant… ou en courant pour d’autres.

Diaporama : le quartier de la Croix-Rousse

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Notre premier arrêt s’effectua à l’amphithéâtre des Trois Gaules où furent exécutés six martyrs chrétiens en l’an cent soixante-dix-sept.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous avons ensuite continué à gravir la colline pour arriver à son sommet. Là, nous devions trouver un ou plusieurs immeubles dont les fenêtres avaient des proportions anormales : dans les ateliers de canuts, elles étaient en effet très grandes pour permettre le passage des métiers à tisser.

Cette promenade a été ponctuée par un exposé (voir ici) et une lecture (voir). L’exposé terminé, M Vidal Naquet décida de nous mener au mur des canuts. Suite à quelques problèmes de repérage, fidèle allié du grand maître Vidal-Naquet, je pris mon portable et en utilisai la fonction GPS guidant ainsi toute le classe jusqu’au fameux mur. Arrivé à destination, nous découvrîmes les perspectives peintes sur ce mur en l’hommage des canuts – ouvriers tisserands de soie du XIXe siècle. La classe s’installa pour écouter Chloé, puis fut prise d’une envie irrépressible de poser et de jouer avec les personnages du mur peint. Mme Coll a immortalisé ce moment.

Nous partîmes ensuite à la recherche d’une traboule. Arrivée à l’intérieur, la classe se scinda en deux groupes. D’un côté se trouvait celui de Mme Sicard et de Mme Coll qui prenait des photos et de l’autre, celui de M. Vidal-Naquet et Mme Glay, au pas pressé. Le groupe de Mme Sicard – dont je faisais partie – qui s’était attardé eut du mal à retrouver son chemin. Nous cherchions une sortie dans la ruelle visible sur la photo ci-dessus. En vain. Heureusement, l’un d’entre nous finit par trouver un passage dérobé. En descendant dans ce passage, le groupe retrouva non pas un élève envoyé à notre secours, mais trois. Tout est bien qui finit bien

Diaporama : dans les traboules

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Après cette promenade riche en émotions et en découvertes, nous sommes rentrés à l’auberge de jeunesse.

Tristan

Catégories : 5 mai 2015

16h, sur la place de la Croix-Rousse : exposé de Thomas et Eliot

Lorsque nous sommes arrivés sur la place de la Croix-Rousse, Thomas et Eliot ont fait leur exposé. Ils nous ont notamment parlé de l’insurrection qui a éclaté en novembre 1831, durant laquelle les canuts ont adopté cette devise, « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Catégories : 5 mai 2015 | Poster un commentaire

18h, devant le mur des canuts : lecture de Chloé

Chloé lit Char au pied du mur des Canuts.

Chloé lit Char au pied du mur des canuts.

Devant le mur des canuts, Chloé nous a lu un poème en prose de René Char intitulé « La passe de Lyon », publié en 1962 dans le recueil La Parole en archipel. Au-delà même du titre, l’évocation de « Bellecour », mais aussi celle du « mûrier » (nécessaire pour élever les vers à soie) et « des filatures » inscrit clairement cette pièce amoureuse dans la géographie et l’une des activités économiques capitales de Lyon, ville célèbre pour ses soieries. Or la commune de la Croix-Rousse, devenue depuis un quartier de Lyon, est précisément le lieu où se trouvaient, au XIXe siècle, les ateliers de production de la soie – et, bien sûr, les ouvriers tisserands que l’on nomme les canuts.

La passe de Lyon

Je viendrai par le pont le plus distant de Bellecour, afin de vous laisser le loisir d’arriver la première. Vous me conduirez à la fenêtre où vos yeux voyagent, d’où vos faveurs plongent quand votre liberté échange sa lumière avec celle des météores, la vôtre demeurant et la leur se perdant. Avec mes songes, avec ma guerre, avec mon baiser, sous le mûrier ressuscité, dans le répit des filatures, je m’efforcerai d’isoler votre conquête d’un savoir antérieur, autre que le mien. Que l’avenir vous entraîne avec des convoiteurs différents, j’y céderai, mais pour le seul chef-d’œuvre !

Flamme à l’excès de son destin, qui tantôt m’amoindrit et tantôt me complète, vous émergez à l’instant près de moi, dauphine, salamandre, et je ne vous suis rien.

Diaporama. Devant le mur des canuts

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Catégories : 5 mai 2015

20h, sur la terrasse de l’auberge : lecture d’Alice et Hugo

En rentrant à l’auberge – située sur la colline de Fourvière – et bien évidemment à la tombée du jour, Alice et moi avons lu « Crépuscule du soir » de Baudelaire.

Quel rapport, dira-t-on, entre ce poème en prose extrait du Spleen de Paris, et notre séjour lyonnais ? C’est que Baudelaire, qui a fait ses études secondaires à Lyon, a sans doute composé une première version de ce célèbre texte à cette période de sa vie. Deux toponymes lyonnais (en gras dans le texte) y figurent en effet, que le poète fera disparaître dans le texte publié et généralement connu. C’est bien évidemment le poème dans son état « lyonnais », sans doute composé entre 1832 et 1836, que nous avons lu :

Texte :

Quels sont les infortunés que le soir ne calme pas, et qui prennent, comme les hiboux, la venue de la nuit pour un signal de sabbat ? Cette sinistre ululation nous arrive du noir hospice des Antiquailles perché sur la montagne ; et, le soir, en fumant et en contemplant le repos de l’immense vallée, hérissée de maisons dont chaque fenêtre dit : « C’est ici la paix maintenant ; c’est ici la joie de la famille ! » je puis, quand le vent souffle de Fourvière, bercer ma pensée étonnée à cette imitation des harmonies de l’enfer.

Le crépuscule excite les fous. — Je me souviens que j’ai eu deux amis que le crépuscule rendait tout malades…

Diaporama. Lyon de nuit et dans le « crépuscule du matin » (depuis le point de vue extraordinaire de l’auberge du Vieux Lyon)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Catégories : 5 mai 2015

20h30, dans le square jouxtant l’auberge du Vieux Lyon : répétition théâtre

Avec Mme Glay, la classe a achevé la journée par une répétition théâtre. Petit échauffement avant de commencer, sous le regard averti de Mme Coll aussi…

20150505_19492620150505_194858

Catégories : 5 mai 2015

Propulsé par WordPress.com.