10h, à l’université Lyon III : conférence d’Isabelle Garnier

Après nous être levés et préparés, nous nous sommes dirigés vers l’université Lyon III pour assister à la conférence de madame Isabelle Garnier sur la concurrence entre les femmes de Lyon et celles de Paris au XVIe siècle. Arrivés là-bas, la conférencière nous a accueillis puis guidés à travers le vaste et moderne édifice jusqu’à la salle où devait se tenir la séance.


Mme Garnier a introduit sa conférence en contextualisant le sujet : au XVIe siècle, Lyon était la capitale culturelle du royaume et Paris n’avait pas l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui. La position de carrefour de Lyon entre l’Italie et Paris y était pour beaucoup, mais l’absence de censure à Lyon a également compté. On dénombrait alors plus de 400 imprimeurs dans la ville, qui publiaient par exemple des textes grecs et des commentaires d’œuvres.

C’est dans ce climat propice à l’humanisme que beaucoup d’écrivains venaient à Lyon, comme par exemple Jacques Peletier, arrivé du Mans en 1553. Cet auteur était à la fois un poète, un traducteur, un mathématicien et s’intéressait beaucoup aux questions d’orthographe (il a même inventé une sorte d’alphabet accentué qui ne s’est pas imposé mais visait à noter au plus près les sons prononcés). Il a notamment écrit une ode dans laquelle il célèbre Lyon, mais surtout Louise Labé. Mme Garnier nous l’a interprétée, en respectant la prononciation du XVIe siècle, assez différente de la nôtre.

Louise Labé, Lyonnaise. Gravure de Pierre Woeiriot (source : Wikipédia).

Louise Labé, Lyonnaise. Gravure de Pierre Woeiriot (source : Wikipédia).

En voici un extrait :

Sus donc mes Vers loüez cette Loüise;
Soyés ma plume à loüer soûmise,
Puisqu’elle a mérité
Maugré le tems fuitif d’être ménée
Dessus le vol de la fame ampennée
A l’immortalité.

Le poète fait l’éloge de cette dame en célébrant sa beauté, mais pas seulement, comme le montre ce passage : Jacques Peletier insiste en effet sur sa qualité de femme de Lettres qui lui donne droit à l’immortalité. De fait, Louise Labé est une Lyonnaise du XVIe siècle, connue pour les Euvres parues sous son nom et composées de 24 sonnets, trois élégies ainsi que d’un Débat de Folie et d’Amour en prose. Cet ouvrage est imprimé à Lyon en 1555, dans l’atelier de Jean de Tournes. Les textes signés par Louise Labé sont accompagnés de nombreux poèmes écrits par d’autres auteurs qui célèbrent eux aussi cette illustre lyonnaise.

Pourtant, depuis quelques années, on remet en question le fait que Louise Labé soit bien l’auteur de ce livre : selon Mireille Huchon, il pourrait avoir été plutôt écrit par un groupe d’hommes, lyonnais eux aussi, qui auraient emprunté le nom de cette dame (qui a bel et bien vécu à Lyon à cette époque) pour le publier. Cette hypothèse a fait polémique (pour plus d’informations à ce sujet, voir ici).

Parmi les autres femmes de Lettres de Lyon au XVIe siècle, on peut citer Pernette du Guillet dont le recueil pétrarquiste (les Rymes) fut publié par Antoine du Moulin en 1545, à titre posthume. On a dit de cette dame qu’elle était la maîtresse de Maurice Scève, grand poète lyonnais de la Renaissance qui remporta notamment un concours lancé par Clément Marot en 1536 grâce à un blason (sorte d’éloge de la beauté corporelle) du sourcil. Il était célèbre, comme l’indique par exemple le fait que Joachim du Bellay, passant à Lyon à son retour d’Italie, lui adresse un sonnet qu’il publie dans le recueil Les Regrets en 1558 (pour lire ce texte, récité par Arno et Camille à la fin de la conférence de Michèle Clément, voir ici). Marguerite de Bourg, quant à elle, était liée aux hommes de Lettres de son temps – par exemple le poète Pontus de Thiard – et était également réputée pour son savoir. Elle les recevait dans son hôtel particulier de la rue Juiverie (sur ce lieu, voir ici).

Comme on le voit, il y avait des lettrées parmi les femmes de Lyon. Pourtant, dans les années 1540 surtout, c’est aussi à Lyon que la querelle des femmes et celle des amyes ont pris de l’importance. C’est ainsi qu’Antoine Héroët publie La parfaicte amye, en faveur des femmes, tandis que Bertrand de La Borderie fait par exemple paraître L’amye de court, plus misogyne.

Jusque tard dans le siècle, des médecins participent aussi au débat sur la valeur des femmes en écrivant des ouvrages dans lesquels ils étudient la physiologie des femmes. C’est par exemple le cas de Laurent Joubert, de la faculté de médecine de Montpellier, dans son livre Les erreurs populaires et propos vulgaires touchant la médecine et le régime de santé, 1578. La description qu’il fait du corps des femmes est assez effrayante…

C’est dans ce contexte que le cas des femmes lyonnaises, lettrées assumées, rend les femmes de Paris jalouses. Ce ne fut bien sûr pas le seul facteur déclencheur du conflit. En effet, les voyageurs de passage à Lyon trouvaient les Lyonnaises beaucoup plus douces et jolies que les femmes de Paris. Cela va déclencher une sorte de « guerre de poèmes » de grande ampleur entre les femmes de Paris et celles de Lyon. Le sujet va intéresser les poètes du XVIe siècle. Nombreux sont ceux qui écrivent des poèmes louant les qualités de ces femmes, puis les avis vont diverger : certains poètes seront plus séduits par les Parisiennes et d’autres par les Lyonnaises.

Lucas CRANACH le Jeune,

Lucas CRANACH le Jeune, « Couple mal assorti : jeune homme et vieille femme avec une servante », c. 1540, Kunstsammlungen der Veste Coburg, Coburg (source : WGA).

Plus le temps passe et plus on constate que les poèmes deviennent violents et misogynes. Pourtant, dès le début du siècle, certaines attaques étaient déjà dures, comme le montrent ces extraits d’un poème de Guillaume Crétin intitulé « La rescription des femmes de Paris aux femmes de Lyon » :
Salut à vous, femmes du Lyonnois,
Plaisants minois, visages anghéliques.
On a pour vous fait joutes et tournois ;
Chevaux, harnois ont coûté maints tournois,
Dont les galants sont fort mélancoliques
Par vos reliques, gorres diaboliques,
par voies obliques, se dressent jour et nuit,
mais ce n’est pas tout or ce qui reluit.

Par vos regards que jetez de travers
A grands revers, gagnez la seigneurie ;
Notez que c’est de vos corps par mes vers
Ce sont gros vers puants, rouges et verts

un peu plus loin…

Riez, chantez, caquetez, brocardez
Et regardez les gorriers perroquets,
Allez montrer vos musequins fardés,
Contregardez vos corps et culs bardés.
Plus ne tardez, trouvez-vous vous aux banquets,
Dressez caquets , présentez les bouquets.
Pour tous acqêts le bond sur vous redonde
Mieux vaut bon los que richesse en ce monde

ou encore…

Femme de bien doit être en Dieu fervente,
Pour vent qui vente, ferme sans varier.
Mais à Lyon ce bon renom s’évente :
Elle se présente, elle se met en vente,
Et peu se vante en rien contrarier.


Enfin, Alice et Léa ont clôturé la conférence en récitant un poème de Clément Marot, élogieux cette fois, qui est intitulé « De Dame Jane Gaillarde Lyonnoise » :

C’est ung grand cas veoir le Mont Pelyon,
Ou d’avoir veu les ruines de Troye :
Mais qui ne voyt la Ville de Lyon,
Aulcun plaisir à ses yeulx il n’octroye :
Non qu’en Lyon si grand plaisir je croye,
Mais bien en une estant dedans sa garde :
Car de la veoir d’Esprit ainsi gaillarde,
C’est bien plus veu, que de veoir Ilyon :
Et de ce Siecle ung miracle, regarde,
Pource qu’elle est seulle entre ung million.

Antoine R., Hugo, Armand B., Pauline et Marie

Catégories : 5 mai 2015

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